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Bonjour à vous tous, amis secrets de mon Club ! |
Le retour en classe a sonné pour toi aussi, hein ? Est-ce que, comme moi, tu es nerveux ou un peu déprimé ? Si tu retournes dans ton ancienne école, j’imagine que non. Même cour de récré, mêmes couloirs, même directeur. Mais si tu passes du primaire au secondaire… oh là là !
J’espère que tu as pu profiter d’excellentes vacances d’été, et que tu vas en garder de beaux souvenirs. Moi, comme chaque année, j’ai vécu un mois dans notre vieux château familial, Acrynoss. Il est immense et froid, même en été.

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On peut s’amuser follement dans ce château, mais cet été, je t’avoue que j’ai beaucoup pensé à la rentrée scolaire. J’ai quand même pu me changer un peu les idées en me rappelant ma super aventure de l’année dernière, intitulée La tour enchantée. J’avais en effet rencontré un prince de lumière nommé Arnaud. Et c’est ensemble que nous avons tenté d’empêcher un drame d’arriver dans cette fameuse tour… Crois-tu qu’on a réussi ? À toi de le découvrir !
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Mais cet été, j’ai surtout été harcelée par les paparazzis. Et Dagota-pot-de-colle en faisait partie, bien sûr ! Ils voulaient tous savoir comment je me sentais par rapport à ma prochaine rentrée au collège !
Comment je me sentais alors que j’étais encore EN VACANCES !
Fâchée toute rouge : voilà comment je me sentais !
Excuse-moi, je bavarde, je bavarde. Mais venons-en au titre de ma chronique de ce mois-ci, cher ami secret : Une soirée magique pleine d’étoiles.
C’était un soir, après que Madame Étiquette était venue s’assurer que je me couche avant d’aller se mettre des bigoudis sur la tête et des boules de cire dans les oreilles pour aller elle-même dormir. Je me suis levée, me suis déguisée, et puis…
Je t’ai dit que je connais un garçon qui s’appelle Arnaud. Il est brun, il a de grands yeux lumineux, et ses cheveux sont bouclés comme ceux d’un mouton. En plus, il est gentil et il sait me faire rigoler.
Vous allez me gronder… « Mais qu’est-ce que tu fabriques ? Tu as déjà un petit ami : il est beau et il s’appelle Jean-Hubert ! » (Jean-Hub pour les intimes.) Mais, justement, « petit ami », il faut le dire vite… Si tu as lu ma dernière aventure intitulée Les justicières de la nuit, tu sais à quel point j’aimerais qu’il devienne vraiment mon petit ami…
Mais ce n’est pas si simple ! Jean-Hub est le fils de l’ambassadeur de France en Nénucie.
Alors, il m’était plus facile, cet été, de voir… Arnaud ! À qui j’ai envoyé un courriel avant d’arriver au château Acrynoss. Il m’a répondu qu’il était surpris de me lire, car ce n’était pas tous les jours qu’il recevait un courriel d’une Altesse Royale. Il était de bonne humeur et m’a promis de me faire visiter plein d’endroits secrets de sa région… Si j’arrivais, bien sûr, à m’enfuir du château sans gardes du corps et sans photographes à mes trousses !
Mais vous me connaissez. Ce n’est pas les bonnes idées qui me manquent quand j’ai décidé quelque chose !
Alors, ce soir-là, j’ai enfourché le vélo que mon complice, Monsieur Monocle, avait fait mettre près de l’enceinte du château.
Et hop ! Je pédale comme une folle à travers les champs de blé, en pleine nuit, jusqu’au village voisin qui porte le joli nom un peu romantique de Saint-Lust-des-Vents.
J’avais vaguement peur que, comme tous les garçons (excuse-moi, fan garçon qui me lit !), Arnaud vienne à notre rendez-vous… accompagné de ses deux amis et complices, Cortès et Le Turc, avec qui il fait les quatre cents coups.
Mais non ! Arnaud était là, seul, sur la place du village, près du mimosa où nous nous sommes rencontrés la première fois.
Tout autour, il y avait des danseurs. Et sur une estrade en bois, des musiciens jouaient, car c’était soir de bal au village.
Arnaud m’a reconnue tout de suite malgré mon faux nez, ma casquette (j’avais roulé mes cheveux blonds dessous) et mes grosses lunettes genre vieille maîtresse d’école.
L’allure d’Arnaud était formidable : il portait un costume blanc, une rose à sa boutonnière… et avait apporté un gros bouquet de roses rouges !
Ouaaah ! La classe !
Il m’a dit :
– Viens !
Et je l’ai suivi.
J’étais tout énervée, vous vous en doutez bien. Je me trouvais loin de ma famille et de mes gardes du corps. J’étais une fille comme les autres, libre en pleine nuit, c’était l’été, et il y avait des lampions allumés partout. En plus, des marchands ambulants vendaient de la crème glacée, des beignets chauds, des jus de fruits, des sodas et des cornets de pistaches au chocolat.
Nous avons grimpé sur les estrades pour nous asseoir tout en haut. J’ai acheté des cornets aux pistaches et du soda glacé pour nous deux, car Arnaud avait les roses dans ses bras et essayait de ne pas se faire piquer par les épines…
On voyait les couples danser, et j’avoue que je pensais un peu à Jean-Hubert. Que faisait-il au même moment, dans sa villa de vacances à Saint-Tropez, en France, avec ses parents et toutes ses cousines bronzées ?
J’avais un peu froid malgré mon blouson en coton ouaté.
Arnaud ne m’a pas assommée avec ses exploits. Vous savez, ce que les garçons nous racontent pour qu’on les trouve intéressants. Non. Arnaud m’a juste dit :
– Regarde là-haut !
J’ai découvert, éblouie, un magnifique ciel noir dans lequel brillaient des millions d’étoiles.
Je ne sais pas si c’était les sodas ou le chocolat dans les pistaches, les gens qui parlaient doucement, les danseurs ou bien l’idée d’être dans un endroit interdit pour moi, mais… je me sentais vraiment bien. Vivante. Heureuse. Là, avec Arnaud et son gros bouquet de roses rouges qui faisaient une sacrée tache sur son costume blanc et qui sentaient vraiment bon (les roses, pas Arnaud lui-même, quoique…).
De temps en temps, je redescendais mon petit faux nez sur Terre pour vérifier si Monsieur X n’était pas caché avec ses hommes dans la foule, pour me surveiller. Il en aurait bien été capable !
Arnaud n’arrêtait pas de suivre des yeux un couple de danseurs en particulier. Je me demandais pourquoi. À un moment, il a effleuré ma main, légèrement. À moins que ce soit moi qui ai imaginé ça.
Après tout, moi aussi j’en étais bien capable !
Et puis, quand la musique a pris fin – une très belle valse de l’ancien temps –, monsieur le maire est monté sur l’estrade pour faire un discours. Allez savoir pourquoi, mais les gens se sont précipités sur les tréteaux de bois derrière lesquels les vendeurs ambulants faisaient des affaires en or.
Arnaud m’a encore dit :
– Regarde…
Un couple grimpait dans notre direction.
– Mais ce sont les danseurs que tu admires depuis tantôt ! me suis-je exclamée.
Arnaud a hoché la tête et a souri.
– Papa, maman, voici… Christelle, une amie !
J’ai un peu rougi, je crois, mais pas de colère, comme vous pourriez le penser. Car Arnaud a respecté mon identité secrète. Il m’a présentée comme Christelle (c’est mon prénom quand je suis en mission spéciale) au lieu de se vanter comme d’autres l’auraient fait en déclarant : «Voici mon amie Éolia, la princesse de Nénucie !»
J’ai beaucoup apprécié sa discrétion.
Et j’ai trouvé Arnaud absolument charmant lorsqu’il a offert son bouquet de fleurs à sa mère en lui disant :
– Joyeux anniversaire, maman !
Je viens de te dévoiler mon plus beau souvenir de vacances.
Et j’espère que toi aussi, tu as en tête des souvenirs inoubliables vécus cet été !
Il en faut pour trouver le courage d’affronter la dure réalité et… la rentrée !
Bonne rentrée scolaire à toi. On se reparle bientôt.
Amicalement,
Lia de Nénucie
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