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Bonjour, chères (je commence par vous, les filles, cette fois !) et chers membres de mon fan club secret,
Avez-vous remarqué que le mois de mai commence par la lettre m comme… dans magazine ou magnifique ? Mais aussi comme dans… maman ! Dernièrement, en effet, c’était la fête des Mères en Nénucie comme ailleurs en Europe et chez vous, au Canada. Toi, as-tu fait quelque chose de spécial pour souligner la fête des mères ?
Aujourd’hui, je vais te raconter une aventure qui m’est justement arrivée avec ma mère, la princesse Sophie. Je sais que vous avez plutôt l’habitude de me suivre dans mes missions secrètes avec le colonel. Mais j’ai aussi une vie «normale» !
Ou presque…
Ce jour-là, c’était un dimanche radieux, ensoleillé. Ma mère s’est levée avec une idée derrière la tête : faire de moi une princesse comme elle les aime. C’est-à-dire vêtue de trucs qui brillent et qui coûtent cher, bien coiffée, très polie et obéissante.
Je ne la juge pas, mais vous savez que je ne m’intéresse pas trop à tout ce qui est superficiel. Oui, parfois, pour lui faire plaisir, je fais semblant d’ouvrir de grands yeux devant une jolie robe ou bien des parfums qui sentent vraiment très bon. Pourtant, je suis plus curieuse de découvrir ce qui se passe en Nénucie dans la vie des gens que les tendances de la nouvelle collection printanière du couturier untel ou untel.
Mais revenons à ce dimanche où ma mère et moi sommes sorties presque en cachette pour nous rendre en limousine sur le boulevard de Nénucie à deux pas du palais royal. C’est bien ma mère, ça ! Sortir en cachette et prendre la limousine…
Enfin, bref.
Bien sûr, des hordes de journalistes et de photographes nous ont suivies et nous ont prises en photo sur le trottoir devant tout le monde. Il y avait là Dagota-pot-de-colle, le paparazzi le plus enquiquinant de tout le pays. Mais aussi les deux gardes du corps de ma mère ainsi qu’Allan, mon garde du corps à moi. Et ils avaient l’air très nerveux, car cette sortie ne semblait pas prévue à leur agenda.
Ma mère souriait et envoyait des bonjours aux gens rassemblés. Puis, elle m’a tirée par l’épaule et nous sommes entrées dans une boutique. Le bijoutier, un des plus célèbres et des plus riches de Nénucie, nous a accueillies à bras ouverts. Forcément ! Avec les caméras de télévision et les paparazzis, il bénéficiait d’une publicité gratuite pour son magasin !
Maman s’est tout de suite dirigée vers les présentoirs qui contenaient les plus belles pierres précieuses : diamants, rubis, émeraudes, saphirs, topazes…
Le bijoutier, très poli, avait des yeux presque aussi gros que ses plus grosses pierres et ses mains tremblaient tant il avait hâte que ma mère se choisisse un bijou – très coûteux, bien entendu !
– Regarde, Lia, m’a-t-elle dit, ne trouves-tu pas cette émeraude fascinante ?
Elle était belle, oui. Mais sans doute les spots de lumière qui éclairent les écrins étaient-ils placés de manière à leur donner encore plus de valeur et de brillance.
Vous vous dites peut-être que j’analyse trop, que je vois des complots partout. Que je n’arrive pas à simplement profiter d’un bon moment seul avec ma mère.
Oui, c’est vrai.
C’est à cet instant que mon téléphone cellulaire, qui était alors sur la position «vibration», s’est mis à me chatouiller la hanche droite dans ma poche…
J’ai tout de suite senti qu’il s’agissait d’un appel important.
Comment ? Ne me le demandez pas. Je suis sans doute un peu clairvoyante finalement, comme le croit Monsieur Monocle !
– Alors, cette bague, insiste ma mère en passant le bijou autour de son doigt. Qu’en dis-tu, Lia ?
– Heu…, oui, oui, très belle bague, maman.
Elle se tourne vers moi.
– Es-tu sûre que tu vas bien ?
– Mais oui, voyons ! Sauf que…
Je me penche à son oreille.
– Est-ce que je peux aller aux toilettes ?
Le bijoutier sourit.
– Bien sûr, Altesse !
J’échange un coup d’œil avec Allan qui comprend l’«urgence» et m’escorte dans l’arrière-boutique.
– Que se passe-t-il, Altesse ? me demande-t-il.
Sans répondre, je m’engouffre dans les toilettes et allume mon cellulaire.
– Allô !
Pas de réponse. Seulement une voix qui fait le décompte, en partant de cent. Cent, quatre-vingt-dix-neuf, quatre-vingt-dix-huit… et ainsi de suite.
Je te l’avoue, j’ai eu soudain très chaud. Est-ce que c’était une mauvaise plaisanterie ? Un faux numéro ?
Je ressors de la salle de bain. Ai-je l’air pâle ? Probablement, car Allan, suspicieux, pose sa main sous sa veste à l’endroit où se trouve son arme de fonction.
– Quelque chose cloche, Altesse ?
Comme il est d’usage dans les services secrets, les issues de secours sont toujours «couvertes». Et Allan, qui est un «pro», contacte aussitôt les deux autres gardes du corps, restés près de ma mère dans la boutique.
Hésitante, je tends mon cellulaire à Allan.
Quarante-cinq, quarante-quatre…
Je le vois pâlir à son tour. Il cligne des yeux, très vite, comme s’il réfléchissait intensément.
Nous revenons dans la boutique. Dehors, le soleil brille toujours aussi fort. La devanture de la bijouterie est pleine de visages. Ce sont des passants curieux, mais aussi les paparazzis qui nous attendent. Derrière eux se trouvent la limousine et les motards de l’escorte royale.
– Lia, viens voir ce magnifique collier ! Est-ce qu’il irait avec ma robe de crêpe blanche ? me demande ma mère.
Dans ma tête, je poursuis le décompte : dix, neuf, huit…
Je cherche le regard d’Allan, qui est allé parler aux deux autres agents secrets.
Trois, deux, un…
– Je l’achète ! déclare ma mère.
Rien ne se produit.
Rien du tout.
Décidément, il fait de plus en plus chaud.
– Lia, tu vas bien ? Peut-être as-tu soif ?
Voilà que le bijoutier jette des coups d’œil anxieux à gauche et à droite…
Allan a remarqué son manège. Il ouvre la bouche et…
Soudain, la porte de la boutique s’ouvre en grand et quatre hommes en cagoules surgissent, arme au poing.
– Tout le monde à terre !
Effarée, je vois les trois gardes du corps, incluant Allan, en train… d’applaudir !
Est-ce que je rêve ou quoi ?
Non.
Je suis bel et bien réveillée.
Et les terroristes nous encerclent. Je ferme les yeux. Ma mère crie.
Quand je les rouvre, l’intérieur de la boutique est tout à coup très coloré.
Il y a… des fleurs partout !
Et mon père, vêtu d’un costume-cravate impeccable, fait son entrée avec un énorme bouquet de roses à la main.
Des roses spéciales, affirme-t-il, qui ne déclencheront pas les allergies habituelles de ma mère.
À ce moment-là, tout le monde applaudit aussi : le bijoutier, les journalistes et les paparazzis.
Mon père nous prend les mains et bégaye (car il bégaye un peu, mon père) :
– Bonne fête des Mères, ma chérie !
Ma mère est toute rouge, émue et en colère à la fois. Elle est encore terrifiée, mais déjà, elle se met à sourire, puis à rire.
Qui a dit que mon père n’était qu’un triste sire qui ne s’occupe que de ses fleurs ?
Surtout que cette surprise colossale a fait la une de tous les journaux dès le lendemain. C’est, à n’en pas douter, la plus belle surprise de fête des Mères que maman ait jamais eue !
J’aurais pu raconter cette aventure à Fredrick D’Anterny, l’auteur qui écrit mes missions secrètes. Mais je tenais à la garder rien que pour vous.
Bon mois de mai à toutes et à tous !
À bientôt,
Lia de Nénucie
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